Épisode 3. Sciences 101 – Le sommeil

par Catherine Cimon-Paquet

Dans cet épisode spécial, Catherine parle d’obésité, d’hormones, de globules blancs et de café, mais surtout de sommeil. Grâce à cet épisode, Catherine a remporté le premier prix du concours de vulgarisation scientifique de Sciences 101. Sciences 101 est une organisation de l’Université du Québec à Montréal qui vise à promouvoir la vulgarisation scientifique. Visitez Sciences 101 sur Facebook ou au sciences101.ca.

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Crédits photos: Sciences 101

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Transcription (les références sont à la toute fin)

Bonjour! Ici Catherine Cimon-Paquet, doctorante en psychologie à l’UQAM et votre hôte pour ce balado. Aujourd’hui, on parle d’obésité, d’hormones, de globules blancs et de café, mais surtout de sommeil. Malgré le fait qu’on passe près du tiers de notre vie à dormir, le sommeil demeure encore l’un des plus grands mystères de la vie humaine. Un manque de sommeil pourrait-il mener au cancer, à l’obésité ou même à la mort? Au contraire, est-ce qu’une bonne nuit de sommeil peut nous aider à combattre différentes maladies? Ce sont ces questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cet épisode.

Depuis très longtemps, les chercheurs scientifiques tentent de comprendre pourquoi on dort. On sait que les heures qu’on passe endormis sont cruciales pour notre survie. Selon une étude publiée en 2010 incluant plus de 1 million 300 000 adultes, ceux qui dormaient peu (moins de 7h par nuit) et ceux qui dormaient le plus longtemps (plus de 8 par nuit), étaient plus à risque de mourir, toutes causes confondues (Cappuccio, 2010).

Qu’est-ce qui pourrait expliquer que trop dormir puisse mener à la mort? C’est compliqué. À l’heure actuelle, on sait seulement que les gens qui dorment trop souffrent souvent de mauvaise santé ou vivent dans des conditions plus précaires. Par exemple, les personnes atteintes de dépression ou celles qui n’ont pas d’emploi dormiraient plus longtemps (Cappuccio, 2010).

Au contraire, le lien entre un manque de sommeil et la probabilité de mourir est plus évident. Quand on est fatigués, on tombe plus souvent malades. Une étude a montré que les personnes qui dorment moins de 7h par nuit ont 3 fois plus de chances de développer le virus de la grippe après y avoir été exposé (Simpson et al., 2017; Tan et al., 2019). La science est assez claire, un manque de sommeil affecte notre système immunitaire.

Le système immunitaire constitue notre système de défense. Il comprend des cellules comme les lymphocytes, aussi appelés, globules blancs qui combattent quotidiennement les virus et les bactéries qui tentent d’envahir notre corps.

Une trop courte nuit de sommeil entraîne une activation anormale de notre système de défense. À long terme, si on manque constamment de sommeil, le système immunitaire est souvent déséquilibré et ça peut entraîner des problèmes comme des maladies cardiovasculaires et même le cancer (Blask, 2009; Hans et al., 2013; Van Leeuwen et al., 2009).

Le sommeil affecte aussi la façon dont notre corps réagit face à d’autres types d’attaques. Par exemple, la réponse de notre corps face à un vaccin serait plus intense après une nuit de sommeil adéquate (Simpson et al., 2017; Tan et al., 2019). En d’autres termes, les individus qui dorment plus longtemps après avoir reçu un vaccin seraient mieux protégés.

Dormir, c’est aussi important pour que notre corps produise différentes hormones. Le sommeil affecte entre autres la production de leptine, l‘hormone qui dit à notre cerveau ‘’ok j’ai plus faim, arrête de manger’’ et qui envoie donc les signaux de satiété. Le sommeil influence aussi la production la ghréline, hormone qui crie à notre cerveau ‘’J’ai faim et je veux manger’. Vous l’aurez deviné, c’est l’hormone responsable de l’appétit (Knutson, 2007; Tan et al., 2019). Le problème, c’est que quand on manque de sommeil, on a trop de ghréline, donc l’hormone ne nous dit pas seulement ‘’J’AI FAIM’’, mais aussi ‘’ je veux manger du sucre et du gras’’. La ghréline peut être responsable de nos envies de fins de soirées, appelées communément des cravings. Quand on manque de sommeil, on ne se contente plus seulement de bons légumes frais, mais on se tourne plutôt vers des desserts, des boissons gazeuses, des croustilles, des gâteaux, bref des aliments denses en calories (Broussard, 2016). C’est ce qui pourrait expliquer en partie le lien que l’on trouve un lien entre le sommeil et l’obésité chez les enfants, les adolescents et aussi chez les adultes (Broussard, 2016).

On sait que le sommeil peut influencer nos choix alimentaires, mais l’inverse est aussi vrai. Qui n’a jamais passé une nuit d’insomnie après avoir bu un peu trop de café en soirée?

Des chercheurs ont effectivement montré que le café nuit au sommeil jusqu’à 6h après l’avoir consommé (Clark et al., 2017). Le café réduirait notre production de mélatonine, une hormone sécrétée la nuit, quand il fait noir’’ qui s’avère très importante pour pouvoir tomber endormi la nuit et rester éveillé le jour (Clark et al., 2017; Shilo et al., 2002).

Au final, dans la vie de tous les jours, on aurait tous avantage à prioriser une nuit de sommeil qui dure entre 7 et 9h. On devrait aussi éviter la caféine 6h avant d’aller se coucher.

Merci d’avoir été à l’écoute. J’espère que ce balado aura su éveiller votre curiosité et vous aura inspiré à prioriser votre sommeil!

Références

Blask, D. E. (2009). Melatonin, sleep disturbance and cancer risk. Sleep Medicine Reviews, 13(4), 257–264. doi:10.1016/j.smrv.2008.07.007

Broussard, J. L., & Van Cauter, E. (2016). Disturbances of sleep and circadian rhythms: novel risk factors for obesity. Current opinion in endocrinology, diabetes, and obesity, 23(5), 353.

Cappuccio, F. P., D’Elia, L., Strazzullo, P., & Miller, M. A. (2010). Sleep duration and all-cause mortality: A systematic review and meta-analysis of prospective studies. Sleep, 33(5), 585–592. doi:10.1093/sleep/33.5.585

Clark, I., & Landolt, H. P. (2017). Coffee, caffeine, and sleep: A systematic review of epidemiological studies and randomized controlled trials. Sleep medicine reviews, 31, 70–78. doi:10.1016/j.smrv.2016.01.006

Haus, E. L., & Smolensky, M. H. (2013). Shift work and cancer risk: Potential mechanistic roles of circadian disruption, light at night, and sleep deprivation. Sleep Medicine Reviews, 17(4), 273–284. doi:10.1016/j.smrv.2012.08.003

Knutson, K. L. (2007). Impact of sleep and sleep loss on glucose homeostasis and appetite regulation. Sleep medicine clinics, 2(2), 187–197. doi:10.1016/j.jsmc.2007.03.004

Shilo, L., Sabbah, H., Hadari, R., Kovatz, S., Weinberg, U., Dolev, S., … Shenkman, L. (2002). The effects of coffee consumption on sleep and melatonin secretion. Sleep Medicine, 3(3), 271–273. doi:10.1016/s1389-9457(02)00015-1

Simpson, N., Haack, M., & Mullington, J. M. (2017). Sleep and immune regulation. In Sleep Disorders Medicine (pp. 195–203). Springer, New York, NY.

Tan, H. L., Kheirandish-Gozal, L., & Gozal, D. (2019). Sleep, sleep disorders, and immune function. In Allergy and Sleep (pp. 3–15). Springer, Cham.

Van Leeuwen, W. M. A., Lehto, M., Karisola, P., Lindholm, H., Luukkonen, R., Sallinen, M., … Alenius, H. (2009). Sleep restriction increases the risk of developing cardiovascular diseases by augmenting proinflammatory responses through IL-17 and CRP. PLoS ONE, 4(2), e4589. doi:10.1371/journal.pone.0004589

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Crédits
Musique – Inspiration de Rafael Krux.
Design – Bernard Cloutier.

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